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SUJET D’ORDRE GÉNÉRAL : « "LÀ OÙ IL N'Y A PAS DE JUSTICE, IL N'Y A PAS DE LIBERTÉ." - BENJAMIN FRANKLIN » . QU’EN PENSEZ-VOUS ?

SUJET D’ORDRE GÉNÉRAL

SUJET D’ORDRE GÉNÉRAL


Introduction

 

La coexistence pacifique des individus au sein d’une société organisée repose sur des piliers fondamentaux, dont la justice et la liberté constituent des composantes essentielles. Par justice, on entend généralement le principe moral qui exige le respect du droit et de l’équité, garantissant à chacun son dû. La liberté, quant à elle, se définit comme le pouvoir d’agir sans contrainte arbitraire, dans le cadre défini par la loi. C’est dans ce contexte que Benjamin Franklin affirme : « Là où il n’y a pas de justice, il n’y a pas de liberté. » Cette assertion établit un lien de dépendance nécessaire entre ces deux notions, posant ainsi une question fondamentale : la liberté peut-elle exister en dehors du cadre de la justice ? Dans l’affirmative, ne risquerait-elle pas de se dévoyer en licence ou en oppression ? À l’inverse, une justice rigide peut-elle, à terme, étouffer les libertés ? Pour explorer ces interrogations, nous examinerons d’abord en quoi l’absence de justice annihile effectivement toute liberté véritable. Nous nuancerons ensuite cette vision en montrant que liberté et justice peuvent parfois entrer en tension. Enfin, nous défendrons l’idée que leur relation dialectique fonde l’idéal d’un ordre politique légitime.

 

Développement

I. La justice apparaît comme la condition sine qua non d’une liberté authentique et durable.

Chapeau : L’affirmation de Franklin se vérifie lorsque l’on considère que, sans justice, la liberté se réduit soit à un état d’anarchie précaire, soit à l’arbitraire du plus fort, niant ainsi la liberté d’autrui.

Paragraphe 1 : Premièrement, en l’absence d’une justice impartiale garantissant des règles communes, la liberté des uns s’arrête où commence la force des autres.

*L’idée générale : est qu’un système juridique équitable constitue le rempart contre la loi du plus fort.

-IM1 : Sans ce cadre, les libertés individuelles sont constamment menacées par les empiètements d’autrui. Par exemple, dans un état de nature hypothétique ou dans des zones de non-droit, la sécurité des biens et des personnes n’est pas assurée, rendant la liberté de circulation ou d’entreprise illusoire.

-IM2 : La justice définit et protège les droits fondamentaux qui rendent la liberté effective. Ainsi, le droit de propriété, garanti par un système judiciaire, est ce qui permet la libre disposition de ses biens. Au terme de cette analyse, il apparaît que la justice instaure le cadre sécurisé dans lequel les libertés peuvent s’exercer sans crainte.

Transition intégrée : Outre cette fonction protectrice, la justice est également le fondement de l’égalité en droits, sans laquelle la liberté demeure un privilège.

Paragraphe 2 : Deuxièmement, une liberté qui ne serait pas encadrée par la recherche de l’équité dégénère inévitablement en privilèges insupportables et en oppression. L’argument principal soutient que la liberté purement formelle, détachée de toute considération de justice distributive, crée des inégalités si profondes qu’elles annulent la liberté réelle des plus défavorisés. Ainsi dans un système purement libéral sans filet de justice sociale, la liberté de contracter peut mener à l’exploitation et à l’asservissement économique, privant les individus de leur autonomie réelle. À titre illustratif, les sociétés industrielles du XIXe siècle, sans régulation du travail, ont vu émerger une « liberté » du marché qui condamnait une large partie de la population à la misère. De même, on pourrait ajouter que la justice corrective est tout aussi cruciale : un système pénal arbitraire ou corrompu peut anéantir la liberté des innocents, comme en témoignent les régimes autoritaires où les opposants sont emprisonnés sans procès équitable. En somme, une liberté dénuée de l’exigence de justice se mue en instrument de domination.

Transition démarquée : Toutefois, cette relation de dépendance absolue mérite d’être nuancée, car la justice, en tant qu’institution humaine imparfaite, peut parfois se montrer oppressive et restreindre indûment les libertés.

 

II. Néanmoins, l’exigence de justice peut entrer en conflit avec certaines conceptions de la liberté, et une justice mal conçue peut elle-même devenir liberticide.

Chapeau : L’histoire et la philosophie politique nous enseignent que la réalisation d’un idéal de justice peut conduire à sacrifier des libertés individuelles, et qu’inversement, la défense farouche de certaines libertés peut sembler injuste.

Paragraphe 1 : D’une part, la poursuite d’une justice substantive, comme la justice sociale ou l’égalité des résultats, peut nécessiter des contraintes fortes sur les libertés économiques. Il s’en induit que l’interventionnisme de l’État-providence, pour corriger les inégalités, limite par la fiscalité et la réglementation la liberté d’entreprendre et de disposer de ses fruits. De fait, cet arbitrage est au cœur des débats politiques contemporains : les partisans d’un État minimal dénoncent l’injustice des prélèvements obligatoires, perçus comme une atteinte à la liberté propriétaire. Par exemple, les politiques de redistribution massive sont parfois critiquées pour créer une « injustice » envers les contributeurs nets et entraver leur liberté économique. En outre, certaines conceptions moralisatrices de la justice, visant à imposer une vision du « bien », peuvent brimer les libertés personnelles et comportementales. Ainsi, les lois prohibitionnistes (sur l’alcool, les drogues) ou les législations sur les mœurs, motivées par un idéal de justice moral, restreignent la liberté de choix des individus. Il ressort de ce constat que la frontière entre justice légitime et paternalisme liberticide est souvent ténue.

Transition intégrée : Par ailleurs, il faut reconnaître que des espaces de liberté ont pu exister, de manière relative, même dans des contextes où la justice institutionnelle était défaillante.

Paragraphe 2 : D’autre part, on peut observer que des formes de résistance, de solidarité ou de liberté intérieure persistent parfois malgré l’injustice du système. Dans ce contexte, la liberté humaine possède une dimension irréductible qui n’est pas entièrement conditionnée par les structures juridiques. Ceci s’explique par le fait que dans les régimes tyranniques où la justice est bafouée, des contre-sociétés ou des sphères de liberté (familiale, artistique, spirituelle) parviennent à se maintenir. À preuve, dans les camps de concentration ou les prisons politiques, des détenus ont préservé une forme de liberté intérieure et de dignité, défiant l’injustice totale qui leur était imposée. En sus, des communautés peuvent instaurer des règles de justice informelle (coutumes, arbitrage) qui, bien qu’en dehors de l’État de droit officiel, permettent une coexistence et une certaine liberté d’action. Les sociétés traditionnelles ou les zones d’autogestion en sont l’illustration. Ainsi, si l’absence de justice étatique corrode la liberté publique, elle n’en éteint pas nécessairement toutes les manifestations.

Transition démarquée : Ces nuances invitent à dépasser l’opposition pour concevoir une relation plus dialectique et constructive entre les deux principes.

 

III. En réalité, justice et liberté entretiennent une relation dialectique et se renforcent mutuellement au sein d’un ordre politique légitime.

Chapeau : Loin d’être antagoniques, la justice et la liberté trouvent leur pleine réalisation dans leur interaction : une justice conçue comme garante des libertés fondamentales, et des libertés exercées dans le respect de la justice.

Paragraphe 1 : Premièrement, l’État de droit moderne incarne cette synthèse en instituant une justice au service des libertés. En effet, la Constitution et le contrôle juridictionnel (comme le Conseil Constitutionnel ou la Cour Suprême) ont pour fonction première de protéger les libertés individuelles contre les excès du pouvoir, y compris contre d’éventuelles lois injustes. En ce sens, la justice, dans ce cadre, n’est pas une fin en soi oppressive, mais le moyen de garantir l’égale liberté pour tous. Par exemple, les cours constitutionnelles invalident régulièrement des lois qui, sous couvert d’un objectif d’intérêt général, porteraient une atteinte disproportionnée aux libertés. Également, les libertés politiques (d’expression, d’association, de vote) sont les instruments par lesquels les citoyens participent à la définition et à la correction de la justice dans leur société. Ainsi, une société libre peut réformer ses institutions pour les rendre plus justes. Par conséquent, la justice institutionnelle est la garante de l’architecture des libertés, qui en retour la légitime et la perfectionne.

Transition intégrée : Cette corrélation trouve son expression la plus aboutie dans le concept de justice sociale, qui vise à rendre les libertés effectives et non purement formelles.

Paragraphe 2 : Deuxièmement, une liberté digne de ce nom requiert un socle de justice sociale qui en permette l’exercice concret par tous. L’argument soutient que la liberté réelle, ou « capacité d’agir », dépend de conditions matérielles et sociales que seule une certaine forme de justice distributive peut assurer. De ce fait, des libertés comme le droit à l’instruction ou à la santé, une fois garanties par la justice sociale, augmentent l’autonomie et les choix réels des individus. À titre illustratif, l’accès universel à une éducation de qualité émancipe les individus et élargit leur champ de libertés professionnelles et personnelles. L’on pourrait ajouter que l’équité des chances, objectif de justice, n’annule pas la liberté mais la prépare en créant les conditions d’une compétition loyale. Ainsi, des politiques de discrimination positive, bien que controversées, cherchent à corriger des injustices historiques pour permettre à des groupes marginalisés de jouir pleinement de leurs libertés civiques et économiques. En définitive, la justice n’est pas l’ennemie de la liberté, mais son complément nécessaire pour qu’elle soit universelle et substantielle.

 

Conclusion

Pour l’essentiel, la formule de Benjamin Franklin capture une vérité profonde de la philosophie politique : une liberté qui s’affranchirait totalement de l’exigence de justice se nierait elle-même, soit en sombrant dans l’anarchie, soit en légitimant la tyrannie du plus fort. Toutefois, notre réflexion a montré que le rapport entre les deux concepts est plus dialectique qu’unilatéralement causal. La justice peut, mal appliquée, contraindre les libertés, et des îlots de liberté peuvent persister malgré l’injustice. Néanmoins, l’idéal démocratique moderne réside précisément dans la recherche d’un équilibre où la justice assure le cadre et les conditions de l’égale liberté, et où les libertés, notamment politiques, permettent de poursuivre sans cesse une justice plus parfaite. Au-delà de ce débat, on peut s’interroger, à la suite de penseurs comme John Rawls, sur la nature de cette justice fondamentale qui, sans prescrire un mode de vie unique, rend possible la coexistence de libertés diverses dans une société équitable.

 

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